Le Médecin des Pauvres
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Racine de rhubarbe : le laxatif d’autrefois et ses limites

Par · · 5 min de lecture

Notre méthode éditoriale

La racine de rhubarbe était l’un des grands laxatifs de la pharmacie d’autrefois, au même titre que le séné. Elle avait une particularité qui fascinait les médecins : laxative à dose moyenne, elle devenait astringente à très petite dose, au point qu’on l’employait aussi contre certaines diarrhées. Le Médecin des Pauvres (1912) la cite contre la constipation et le manque d’appétit. Voici son histoire, son usage, et une mise en garde essentielle sur les feuilles de la plante.

Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. Une constipation qui dure, qui s’accompagne de douleurs, de sang dans les selles ou d’une perte de poids impose une consultation. Les laxatifs stimulants ne doivent pas être pris de façon prolongée.

Une racine venue de Chine

La rhubarbe médicinale n’est pas celle du potager. La rhubarbe officinale (Rheum officinale) et sa cousine la rhubarbe palmée (Rheum palmatum) sont originaires des montagnes de Chine et du Tibet. Leur racine, séchée, faisait l’objet d’un commerce lointain et coûteux : elle arrivait en Europe par la route de la soie, puis par la Russie, et elle était vendue à prix d’or dans les pharmacies.

La rhubarbe des jardins (Rheum rhabarbarum), dont on mange les tiges en compote ou en tarte, est une espèce voisine, cultivée en Europe à partir du XVIIIᵉ siècle. Ses propriétés laxatives sont beaucoup plus faibles.

Le livre (page 117) décrit la rhubarbe sous ses noms de rhubarbe officinale, rhubarbe de Chine et rhapontic.

Laxative ou astringente : la double action

La rhubarbe contient deux types de substances aux effets opposés :

  • des anthraquinones, qui stimulent les contractions de l’intestin et provoquent l’effet laxatif ;
  • des tanins, qui resserrent les tissus et ont un effet astringent, plutôt antidiarrhéique.

À dose moyenne, les anthraquinones l’emportent : la rhubarbe purge. À très petite dose, ce sont les tanins qui dominent, et la racine devient un tonique digestif légèrement astringent. Les auteurs anciens l’employaient donc dans deux situations apparemment contradictoires :

  • la constipation occasionnelle, à dose moyenne ;
  • l’atonie digestive et certaines diarrhées chroniques, à dose infime.

Le livre lui prête aussi des propriétés apéritives, toniques amères et cholagogues (favorisant l’évacuation de la bile).

Comment l’employait-on ?

Le Médecin des Pauvres indique de prendre la racine en poudre ou en décoction, le soir, à dose modérée pour l’effet laxatif. Les anthraquinones agissent lentement : l’effet apparaît généralement 6 à 12 heures après la prise, d’où la prise du soir pour un effet le lendemain matin.

À très petite dose, avant les repas, la poudre servait de tonique pour ouvrir l’appétit.

Seule la racine (en réalité le rhizome) était médicinale. On la récoltait sur des plantes âgées de plusieurs années, à l’automne.

Ce qu’en disent les références actuelles

La racine de rhubarbe fait l’objet d’une monographie européenne du Comité des médicaments à base de plantes de l’EMA. Celle-ci conclut que ses préparations peuvent être utilisées pour le traitement de courte durée de la constipation occasionnelle. L’EMA précise que :

  • ces médicaments sont réservés aux personnes de plus de 12 ans ;
  • ils ne doivent pas être pris plus d’une semaine ;
  • deux à trois prises par semaine suffisent généralement ;
  • il faut consulter si la constipation persiste ou s’aggrave.

La rhubarbe agit comme le séné : les anthraquinones stimulent les mouvements de l’intestin et modifient l’absorption de l’eau et des sels. C’est un laxatif stimulant, efficace mais à manier avec précaution. La fiche porte la mention « usage établi ».

Pourquoi ne pas en prendre longtemps ?

Les laxatifs stimulants comme la rhubarbe ou le séné posent problème en usage prolongé :

  • l’intestin peut s’y habituer, et la constipation s’aggraver à l’arrêt ;
  • ils peuvent faire perdre du potassium, ce qui est dangereux pour le cœur, surtout chez les personnes qui prennent certains médicaments (diurétiques, digitaliques) ;
  • ils peuvent provoquer des crampes abdominales.

C’est pourquoi l’EMA limite l’usage à une semaine. Pour une constipation chronique, les premières mesures restent l’alimentation riche en fibres, l’hydratation et l’activité physique.

Attention : les feuilles de rhubarbe sont toxiques

C’est la mise en garde la plus importante, et elle concerne aussi la rhubarbe du jardin. Les feuilles de rhubarbe contiennent beaucoup d’acide oxalique et sont toxiques : elles ne doivent jamais être consommées. Seules les tiges (les pétioles) de la rhubarbe potagère se mangent.

Pendant la Première Guerre mondiale, en Angleterre, des recommandations officielles encourageant à manger les feuilles de rhubarbe pour pallier les pénuries ont provoqué des intoxications. C’est l’une des raisons pour lesquelles la fiche est signalée parmi les plantes à manier avec prudence (voir la rubrique substances dangereuses).

Autres précautions

  • Grossesse et allaitement : contre-indiquée.
  • Occlusion intestinale, maladies inflammatoires de l’intestin, douleurs abdominales inexpliquées : contre-indiquée.
  • Calculs rénaux : déconseillée, en raison des oxalates.
  • Enfants de moins de 12 ans : à éviter.
  • Urines colorées : la rhubarbe peut colorer les urines en jaune ou en rouge, sans gravité.

La rhubarbe et les autres remèdes de la constipation

Le livre propose d’autres remèdes contre la constipation, comme les follicules de séné, plus puissants, ou la mauve, beaucoup plus douce. Notre article sur les remèdes contre la constipation d’autrefois en fait le tour.

La fiche constipation détaille les recettes du livre, et le dossier digestion et estomac regroupe les plantes digestives.

Questions fréquentes

La rhubarbe du jardin est-elle laxative ?

Ses tiges ont un léger effet laxatif, sans commune mesure avec la racine de rhubarbe officinale. Ses feuilles, en revanche, sont toxiques et ne doivent jamais être mangées.

Combien de temps peut-on prendre de la racine de rhubarbe ?

L’Agence européenne des médicaments recommande de ne pas dépasser une semaine, avec deux à trois prises par semaine.

Pourquoi la rhubarbe est-elle laxative et antidiarrhéique à la fois ?

Parce qu’elle contient des anthraquinones (laxatives) et des tanins (astringents). À dose moyenne, l’effet laxatif domine ; à très petite dose, ce sont les tanins.

Ce qu’il faut retenir

La racine de rhubarbe était un laxatif précieux, venu de Chine, à la double action étonnante. Son usage contre la constipation occasionnelle est reconnu au niveau européen, à condition qu’il reste court. Et, au jardin, une règle simple : on mange les tiges, jamais les feuilles.

Sources

Dans la bibliothèque

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⚠ Contenu documentaire et historique. Les pratiques d’autrefois n’ont pas de valeur médicale moderne. Ne jamais s’auto-médiquer ; consultez un médecin ou un pharmacien.

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⚠ Avertissement. Site purement documentaire et historique qui ne donne aucun conseil médical. Plusieurs plantes mentionnées (aconit, belladone, digitale, pavot, jusquiame, bryone…) sont des poisons violents. Toujours faire ses propres recherches et ne jamais s’auto-médiquer : consultez un médecin ou un pharmacien.