Le Médecin des Pauvres
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Fumeterre : la plante du foie et de la bile d’autrefois

Par · · 5 min de lecture

Notre méthode éditoriale

La fumeterre était, dans la médecine populaire, la plante du foie : on l’appelait « herbe à la jaunisse » ou « fiel de terre », et on la buvait en cure courte quand la digestion devenait lente, le teint brouillé ou la bile « paresseuse ». Le Médecin des Pauvres (1912) la donne contre la jaunisse et les troubles de la bile. Voici son histoire, la façon dont on l’employait, et les précautions qui l’accompagnent.

Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. Une jaunisse (peau ou yeux jaunes), des douleurs sous les côtes à droite ou des troubles digestifs persistants imposent une consultation rapide.

Une petite plante au nom de fumée

La fumeterre (Fumaria officinalis) est une plante annuelle discrète des champs cultivés, des vignes et des jardins. Ses tiges grêles portent un feuillage finement découpé, d’un vert grisâtre, et de petites fleurs tubulaires roses à pointe pourpre.

Son nom viendrait du latin fumus terrae, la « fumée de la terre ». Deux explications circulent : la couleur glauque de son feuillage, qui évoque de loin une fumée posée sur le sol, et le fait que son suc fasse pleurer les yeux comme la fumée. Le livre (page 89) la décrit sous le nom de fumeterre, dans la famille des Fumariacées.

« Herbe à la jaunisse » : la logique d’une plante amère

Pour la médecine ancienne, une plante amère agissait sur le foie et la bile. La fumeterre, très amère, était donc l’une des grandes plantes cholagogues (qui favorisent l’évacuation de la bile) et cholérétiques (qui en stimulent la production).

Le livre lui prête ces propriétés :

  • dépurative : elle « nettoyait » le sang ;
  • cholagogue et cholérétique : elle régulait la bile ;
  • apéritive et tonique amère : elle stimulait l’appétit ;
  • légèrement diurétique.

Les indications qui en découlent sont :

  • la paresse du foie et de la vésicule ;
  • les digestions lentes, la lourdeur après les repas ;
  • la jaunisse, qu’on attribuait à un engorgement du foie ;
  • le teint brouillé et les affections de la peau « d’origine hépatique » ;
  • les cures dépuratives de saison.

La fumeterre, régulatrice de la bile

Un point intéressant revient chez plusieurs auteurs de phytothérapie du XXᵉ siècle, dont le médecin Henri Leclerc : la fumeterre aurait une action « amphocholérétique », c’est-à-dire régulatrice. Elle augmenterait le flux de bile quand il est insuffisant et le modérerait quand il est excessif. Cette idée de plante « qui rééquilibre » a beaucoup contribué à sa réputation dans les troubles digestifs.

Ces observations sont anciennes et n’ont pas la valeur d’essais cliniques modernes, mais elles expliquent pourquoi la fumeterre est restée présente dans les tisanes digestives vendues en pharmacie.

Comment préparait-on la tisane de fumeterre ?

Les proportions données par Le Médecin des Pauvres sont les suivantes :

  1. 15 à 20 g de plante fleurie séchée par litre d’eau ;
  2. verser l’eau bouillante, couvrir, infuser dix minutes ;
  3. filtrer et boire une tasse avant chaque repas ;
  4. en cure courte, dix jours au maximum.

La règle de la cure courte était unanime chez les auteurs anciens. Elle se justifie : à dose élevée ou en usage prolongé, la fumeterre a une action sédative et peut faire baisser la tension.

On récoltait la plante en pleine floraison, de mai à septembre, et on la faisait sécher rapidement à l’ombre. Son amertume prononcée poussait souvent à la mélanger à une plante plus aromatique, comme la menthe.

Ce qu’en disent les références actuelles

La fumeterre fait l’objet d’une monographie européenne du Comité des médicaments à base de plantes de l’EMA. Le domaine retenu est celui des troubles digestifs, sur la base de l’usage traditionnel. Cela confirme l’ancienneté de son emploi dans les digestions difficiles, sans constituer une preuve clinique.

En revanche, aucune référence moderne ne la recommande pour soigner une jaunisse. Une jaunisse est un symptôme qui peut révéler une hépatite, un calcul qui bouche les voies biliaires ou d’autres maladies sérieuses : elle relève d’un diagnostic médical, pas d’une tisane. La fiche de la plante porte la mention « usage établi » pour l’usage digestif.

Précautions

  • Durée : ne pas dépasser dix jours de cure.
  • Voies biliaires : contre-indiquée en cas d’obstruction des voies biliaires (calculs) ou de maladie du foie.
  • Grossesse et allaitement : à éviter.
  • Tension artérielle : prudence chez les personnes qui ont une tension basse ou qui prennent un traitement contre l’hypertension.
  • Enfants : faute de données, à éviter.

La fumeterre et les autres plantes du foie

Dans les cures dépuratives d’autrefois, la fumeterre voisinait avec :

  • le pissenlit, autre plante amère du foie, très populaire au printemps ;
  • la bardane, réservée aux problèmes de peau ;
  • le romarin, associé aux digestions difficiles.

La fiche bile détaille les remèdes que le livre consacre aux troubles biliaires, et le dossier digestion et estomac regroupe les plantes digestives. La page phytothérapie traditionnelle classe l’ensemble des plantes par besoin.

Questions fréquentes

La fumeterre est-elle bonne pour le foie ?

C’était son usage traditionnel principal. L’Agence européenne des médicaments reconnaît son emploi traditionnel dans les troubles digestifs, mais pas le traitement des maladies du foie.

Combien de temps peut-on prendre de la fumeterre ?

Les ouvrages anciens comme les recommandations actuelles conseillent des cures courtes, de dix jours au maximum.

La fumeterre soigne-t-elle la jaunisse ?

Non. On la donnait autrefois contre la jaunisse, mais une jaunisse impose une consultation rapide pour en trouver la cause.

Ce qu’il faut retenir

Plante amère des champs, la fumeterre était la tisane du foie paresseux et des digestions lentes. Son usage digestif traditionnel est aujourd’hui reconnu au niveau européen, à condition de respecter la règle que les anciens connaissaient déjà : une cure courte, jamais prolongée, et jamais à la place d’un diagnostic.

Sources

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⚠ Contenu documentaire et historique. Les pratiques d’autrefois n’ont pas de valeur médicale moderne. Ne jamais s’auto-médiquer ; consultez un médecin ou un pharmacien.

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⚠ Avertissement. Site purement documentaire et historique qui ne donne aucun conseil médical. Plusieurs plantes mentionnées (aconit, belladone, digitale, pavot, jusquiame, bryone…) sont des poisons violents. Toujours faire ses propres recherches et ne jamais s’auto-médiquer : consultez un médecin ou un pharmacien.