Prêle des champs : cheveux, ongles et silice d’autrefois
Par Malo Levy · · 5 min de lecture

La prêle des champs est l’une des plantes les plus riches en silice du monde végétal. C’est ce qui lui a valu, dans la médecine populaire, la réputation de reminéraliser les ongles cassants, les cheveux fragiles et les os après une fracture. Le Médecin des Pauvres (1912) la décrit comme reminéralisante, diurétique et cicatrisante. Voici ce qu’on en disait, comment on la préparait, et la confusion dangereuse qu’il faut éviter.
Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. Des ongles ou des cheveux qui se fragilisent brutalement peuvent révéler une carence ou une maladie : parlez-en à un médecin. La prêle des marais, qui lui ressemble, est toxique.
Une plante venue de la préhistoire
Les prêles sont des plantes très anciennes : leurs ancêtres formaient de véritables forêts à l’époque des dinosaures, avec des espèces de plusieurs mètres de haut. La prêle des champs (Equisetum arvense) n’en est qu’une lointaine et modeste descendante, qui pousse dans les terrains humides, les talus et les bords de champs.
Elle a une particularité étonnante : elle produit deux sortes de tiges. Au printemps apparaissent des tiges brunâtres, sans chlorophylle, qui portent les spores. Puis viennent les tiges stériles, vertes, ramifiées en verticilles, qui lui donnent l’allure d’une petite queue de cheval. Ce sont ces tiges vertes qui étaient récoltées.
Le livre (page 114) décrit la prêle des champs sous ses noms populaires : queue-de-cheval, queue-de-renard et herbe à récurer.
L’herbe à récurer
Ce dernier nom rappelle un usage domestique. La silice rend les tiges de prêle rêches, au point qu’on s’en servait autrefois pour polir l’étain, récurer les casseroles ou poncer le bois. Les menuisiers et les ménagères connaissaient la plante bien avant les herboristes.
C’est cette même silice qui a intéressé la médecine. Puisque la prêle en était si chargée, on supposa qu’elle pouvait la transmettre aux tissus qui en contiennent : les os, les ongles, les cheveux, la peau.
Ongles, cheveux et os : les usages reminéralisants
Le livre conseille la prêle dans tous les états où l’organisme semblait « manquer de minéraux » :
- les ongles cassants et dédoublés ;
- les cheveux fragiles et la chute de cheveux ;
- la consolidation des fractures ;
- la fragilité osseuse ;
- la convalescence et la fatigue.
Elle était aussi réputée diurétique, contre la rétention d’eau et les petits troubles urinaires, et hémostatique et cicatrisante en usage externe, sur les plaies et les petits saignements.
Comment préparait-on la décoction de prêle ?
C’est le point sur lequel les anciens insistaient : la silice ne passe pas dans une simple infusion. Il fallait une décoction longue.
- 30 à 50 g de tiges stériles séchées par litre d’eau ;
- porter à ébullition et laisser bouillir 20 à 30 minutes ;
- laisser reposer, puis filtrer ;
- boire 2 à 3 tasses par jour, en cure de quelques semaines.
La même décoction servait en lavage et en compresses sur les plaies, et certains l’utilisaient en rinçage capillaire après le shampooing.
Ce qu’en disent les références actuelles
La prêle des champs fait l’objet d’une monographie européenne du Comité des médicaments à base de plantes de l’EMA. Sur la base de son usage de longue date, ses préparations peuvent être utilisées :
- dans les troubles urinaires mineurs, pour augmenter le volume des urines et rincer les voies urinaires ;
- pour le traitement des plaies superficielles.
L’EMA réserve ces usages aux adultes et adolescents de plus de 12 ans et recommande de consulter si les symptômes durent plus d’une semaine.
On remarque que l’usage reminéralisant (ongles, cheveux, os), le plus populaire aujourd’hui dans les compléments alimentaires, ne fait pas partie des usages retenus par l’EMA. Il reste traditionnel. La fiche de la plante porte la mention « usage établi » pour les usages diurétique et cicatrisant.
Ne pas confondre avec la prêle des marais
C’est la précaution la plus importante. La prêle des marais (Equisetum palustre) pousse dans les mêmes milieux humides et lui ressemble beaucoup, mais elle contient des alcaloïdes toxiques, connus notamment pour empoisonner le bétail. C’est cette confusion possible qui vaut à la prêle son signalement parmi les plantes à manier avec prudence.
Pour l’usage médicinal, il faut donc utiliser exclusivement la prêle des champs, de préférence achetée en pharmacie ou en herboristerie, plutôt que cueillie soi-même.
Autres précautions
- Durée : usage prolongé déconseillé.
- Œdèmes : prudence en cas d’œdème d’origine cardiaque ou rénale ; il faut en connaître la cause avant de chercher à « éliminer l’eau ».
- Vitamine B1 : la prêle contient une enzyme qui détruit la vitamine B1 (thiaminase) ; un usage prolongé pourrait favoriser une carence.
- Grossesse, allaitement et enfants : à éviter.
La prêle et les autres plantes de 1912
Dans la tradition, la prêle accompagnait la reine-des-prés et le groseillier noir (cassis) dans les tisanes des articulations et des urines. Notre article sur les feuilles de cassis revient sur ces usages. Le dossier douleurs et articulations regroupe les remèdes du livre, et la page plantes médicinales donne la liste complète.
Questions fréquentes
La prêle fait-elle pousser les cheveux ?
C’est un usage traditionnel très répandu, lié à sa richesse en silice, mais il n’est pas reconnu par l’Agence européenne des médicaments. Une chute de cheveux importante mérite un avis médical.
Pourquoi faire bouillir la prêle si longtemps ?
Parce que la silice ne passe dans l’eau qu’avec une ébullition prolongée, de 20 à 30 minutes selon les recettes anciennes.
La prêle est-elle dangereuse ?
La prêle des champs est utilisée depuis longtemps, en cure courte. Le danger principal est la confusion avec la prêle des marais, toxique.
Ce qu’il faut retenir
Plante préhistorique et herbe à récurer, la prêle des champs doit sa réputation à sa richesse en silice. Ses usages diurétique et cicatrisant sont aujourd’hui reconnus au niveau européen ; son usage pour les cheveux et les ongles reste traditionnel. Dans tous les cas, il faut s’assurer d’utiliser la bonne espèce.
Sources
- Prêle des champs (Equisetum arvense) — Wikipédia
- Monographie européenne — Equiseti herba (prêle des champs) — Agence européenne des médicaments (EMA/HMPC)
- Prêle des champs — fiche plante — Passeport Santé
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