Reine-des-prés : l’« aspirine végétale » d’autrefois
Par Malo Levy · · 5 min de lecture

La reine-des-prés est souvent présentée comme l’« aspirine végétale », et ce surnom n’est pas qu’une image : c’est à partir de cette plante qu’ont été isolés, au XIXᵉ siècle, les composés qui ont mené à l’aspirine. Bien avant, la médecine populaire la buvait en tisane contre les rhumatismes, les douleurs articulaires et les états fébriles. Le Médecin des Pauvres (1912) la range parmi les grandes plantes antirhumatismales. Voici son histoire, ses usages et les précautions qu’elle impose.
Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. Une douleur articulaire persistante, une articulation gonflée ou une fièvre élevée justifient une consultation. La reine-des-prés est contre-indiquée en cas d’allergie à l’aspirine.
La reine des prairies humides
La reine-des-prés (Filipendula ulmaria, anciennement Spiraea ulmaria) est une grande plante vivace de la famille des Rosacées. Elle peut dépasser un mètre et forme de vastes colonies dans les prairies humides, au bord des ruisseaux et des fossés. En été, elle se couvre de panicules de petites fleurs blanc crème au parfum doux, qui rappelle l’amande et le miel.
Ses noms populaires sont nombreux : spirée ulmaire, barbe-de-chèvre, herbe aux abeilles, vignette. Le livre (page 116) décrit la reine des prés sous son ancien nom latin, Spiraea ulmaria.
De la reine-des-prés à l’aspirine
L’histoire mérite d’être racontée, car elle relie directement une plante des prés à l’un des médicaments les plus utilisés au monde.
- Années 1830 : des chimistes allemands isolent à partir des fleurs de reine-des-prés un composé qu’ils appellent acide spirique, qui se révèle identique à l’acide salicylique, tiré à la même époque de l’écorce de saule.
- Fin du XIXᵉ siècle : l’acide salicylique soulage la douleur et la fièvre, mais il irrite fortement l’estomac. Les chimistes cherchent une forme mieux tolérée.
- 1897-1899 : la firme allemande Bayer met au point l’acide acétylsalicylique et le commercialise sous le nom d’Aspirin. Le nom combine le « a » d’acétyl et « spir », tiré de Spiraea, l’ancien nom de la reine-des-prés.
Le mot « aspirine » porte donc, encore aujourd’hui, la trace de cette plante.
Les usages de la reine-des-prés en 1912
Le livre prête aux sommités fleuries des propriétés :
- anti-inflammatoires et antalgiques (contre la douleur) ;
- antirhumatismales ;
- diurétiques et sudorifiques ;
- fébrifuges (contre la fièvre).
D’où ses indications :
- les rhumatismes, l’arthrose et les douleurs articulaires ;
- les états fébriles et grippaux ;
- la rétention d’eau ;
- les maux de tête.
Une particularité intéressante est relevée par les auteurs de phytothérapie : contrairement à l’aspirine de synthèse, qui peut irriter l’estomac, la reine-des-prés était aussi employée contre les aigreurs d’estomac. Les composés salicylés y sont présents sous une forme plus douce, accompagnés de tanins et de mucilages.
Comment préparait-on la tisane de reine-des-prés ?
La règle essentielle, sur laquelle insistait notamment le médecin Henri Leclerc, est de ne jamais faire bouillir la plante : la chaleur prolongée détruirait ses principes actifs.
- 20 à 30 g de sommités fleuries séchées par litre d’eau ;
- verser l’eau chaude mais non bouillante sur les fleurs ;
- couvrir et laisser infuser une dizaine de minutes ;
- filtrer et boire 3 tasses par jour.
On récoltait les fleurs au début de la floraison, en juin et juillet, et on les faisait sécher rapidement à l’ombre pour qu’elles gardent leur parfum.
Ce qu’en disent les références actuelles
La reine-des-prés fait l’objet d’une monographie européenne du Comité des médicaments à base de plantes de l’EMA. Les domaines retenus, sur la base de l’usage traditionnel, sont la douleur et l’inflammation (notamment les douleurs articulaires mineures) et le rhume, en appoint.
Ces conclusions recoupent les usages populaires de 1912 : douleurs et fièvre. Elles reposent sur l’ancienneté de l’usage et non sur des essais cliniques. La fiche de la plante porte la mention « usage établi ».
Précision importante : la reine-des-prés n’est pas un équivalent de l’aspirine. Elle contient des dérivés salicylés en quantité bien plus faible, et son effet n’est pas comparable à celui d’un comprimé.
Précautions
Parce qu’elle contient des salicylés, la reine-des-prés partage plusieurs précautions avec l’aspirine :
- Allergie à l’aspirine : contre-indiquée.
- Anticoagulants : à éviter en association avec un traitement qui fluidifie le sang.
- Enfants : à éviter, en particulier en cas de fièvre (par analogie avec l’aspirine, qui n’est pas recommandée chez l’enfant fébrile).
- Grossesse et allaitement : à éviter.
- Asthme : prudence, certaines personnes asthmatiques étant sensibles aux salicylés.
La reine-des-prés et les autres plantes des douleurs
Dans la tradition, la reine-des-prés était souvent associée aux feuilles de cassis et au genévrier dans les tisanes des articulations. Notre article sur les feuilles de cassis revient sur ce remède voisin.
La fiche rhumatismes présente l’ensemble des remèdes proposés par le livre, et le dossier douleurs et articulations les regroupe par plante. La page phytothérapie traditionnelle classe toutes les plantes par besoin.
Questions fréquentes
Pourquoi appelle-t-on la reine-des-prés « aspirine végétale » ?
Parce qu’elle contient des dérivés salicylés, et que c’est à partir de ces composés qu’a été mise au point l’aspirine. Le nom « aspirine » vient d’ailleurs de Spiraea, son ancien nom latin.
La reine-des-prés remplace-t-elle l’aspirine ?
Non. Elle contient des salicylés en quantité bien plus faible, et ses effets ne sont pas comparables. Elle partage en revanche certaines contre-indications de l’aspirine.
Pourquoi ne faut-il pas faire bouillir la reine-des-prés ?
Selon les auteurs de phytothérapie, l’ébullition détruirait une partie de ses principes actifs. On la prépare en infusion, avec une eau chaude mais non bouillante.
Ce qu’il faut retenir
La reine-des-prés relie la médecine des campagnes à la pharmacie moderne : c’est d’elle que vient le nom de l’aspirine. Son usage traditionnel contre les douleurs articulaires et la fièvre est reconnu au niveau européen. Elle partage cependant plusieurs contre-indications avec l’aspirine, à commencer par l’allergie aux salicylés.
Sources
- Reine-des-prés (Filipendula ulmaria) — Wikipédia
- Monographie européenne — Filipendulae ulmariae herba (reine-des-prés) — Agence européenne des médicaments (EMA/HMPC)
- Reine-des-prés — fiche plante — Passeport Santé
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