Remèdes de grand-mère contre les rhumatismes : le vrai du faux
Par Malo Levy · · 6 min de lecture

Les remèdes de grand-mère contre les rhumatismes reposaient sur deux familles de moyens : la chaleur (cataplasmes, vapeur, flanelle) et les tisanes de feuilles qui « chassent les humeurs » (reine-des-prés, frêne, cassis). Le Médecin des Pauvres (1912) les décrit avec précision. Fait rare, trois de ces plantes ont aujourd’hui un usage traditionnel reconnu par l’Agence européenne des médicaments pour les douleurs articulaires mineures. Voici ce qu’on peut en retenir, et ce qu’il vaut mieux laisser dans le passé.
Contenu historique et documentaire. Une articulation rouge, chaude et gonflée, une douleur accompagnée de fièvre, une raideur matinale qui dure plus d’une demi-heure ou une douleur qui réveille la nuit doivent être montrées rapidement à un médecin. Ces signes peuvent révéler une infection, une goutte ou un rhumatisme inflammatoire, qui ne se soignent pas par les plantes.
Un mot, plusieurs maladies
En 1912, on appelait rhumatismes à peu près toutes les douleurs des articulations et des muscles. On distingue aujourd’hui des maladies très différentes :
- l’arthrose, usure du cartilage, la plus fréquente avec l’âge ;
- les rhumatismes inflammatoires (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite), maladies du système immunitaire qui demandent un traitement de fond ;
- la goutte, due à des cristaux d’acide urique ;
- les douleurs musculaires et tendineuses.
Les remèdes ci-dessous ne concernent, au mieux, que les douleurs légères de l’arthrose et les courbatures. Ils ne remplacent jamais le traitement d’un rhumatisme inflammatoire.
Le traitement de trois jours du livre
La fiche rhumatismes (page 191) décrit une cure complète, très représentative de l’époque :
- le matin, un léger purgatif ;
- le soir, un kilo de poussière de foin (graines et herbes ramassées au fond des crèches) humectée d’eau bouillante et appliquée sur la partie douloureuse ;
- les jambes au-dessus d’une bassine d’eau bouillante, sous des couvertures, pour une forte transpiration d’au moins vingt minutes ;
- enfin, la partie malade enveloppée de laine ou de flanelle, à l’abri des courants d’air.
L’auteur promettait un soulagement dès le premier jour et la guérison au troisième.
Ce qu’on en sait aujourd’hui
Les fleurs de foin n’ont rien d’une lubie : c’est le Heublumensack de l’abbé Kneipp, un sachet de fleurs de foin chaud et humide encore employé dans les cures thermales allemandes. La chaleur soulage réellement les douleurs d’arthrose en détendant les muscles autour de l’articulation. C’est le principe des bouillottes et des cataplasmes d’argile chaude.
En revanche, la purge et la transpiration forcée n’ont aucun intérêt, et la vapeur bouillante expose à des brûlures graves. Attention aussi aux personnes allergiques aux pollens de graminées : les fleurs de foin peuvent déclencher une crise.
Les tisanes de feuilles : trois plantes reconnues
La reine-des-prés, « l’aspirine végétale »
La fiche reine-des-prés (page 116) : 20 à 30 g de sommités fleuries par litre, 3 tasses par jour, en infusion jamais bouillie. Le livre avait raison sur ce point : ses dérivés salicylés, cousins de l’aspirine, sont fragiles à la chaleur. C’est d’ailleurs de son ancien nom latin, Spiraea, que vient le mot « aspirine ». Notre article sur la reine-des-prés, aspirine végétale en raconte l’histoire.
Statut actuel : usage traditionnel reconnu par l’EMA en complément pour soulager les douleurs articulaires mineures. Contre-indiquée en cas d’allergie à l’aspirine, et déconseillée avec les anticoagulants.
Le frêne
La fiche frêne (page 89) : 30 à 40 g de feuilles par litre, 3 tasses par jour, en cure prolongée dans les rhumatismes et la goutte. Les anciens en faisaient aussi une boisson fermentée, la « frênette ».
Statut actuel : usage traditionnel reconnu par l’EMA pour soulager les douleurs articulaires mineures et pour augmenter le volume des urines.
Le cassis
La fiche groseillier noir (page 92) : 40 à 50 g de feuilles par litre, infusées à couvert, 3 tasses par jour. Voir aussi notre article sur les feuilles de cassis et les articulations.
Statut actuel : usage traditionnel reconnu par l’EMA, comme le frêne, pour les douleurs articulaires mineures et pour favoriser l’élimination urinaire.
Les autres plantes du livre
Le livre cite d’autres plantes « antirhumatismales » qui n’ont pas ce statut :
- les baies de genévrier (page 90) : employées autrefois surtout comme diurétiques et digestives, elles n’ont pas d’usage reconnu pour les articulations ; elles sont déconseillées en cas de maladie des reins et pendant la grossesse ;
- la salsepareille (page 119) et la bardane (page 73), données en décoction comme « dépuratifs » : la notion de sang à purifier est abandonnée, et leur effet sur les rhumatismes n’est pas démontré.
Quant à la liqueur antirhumatismale (page 283), vendue avec la promesse d’un « soulagement immédiat », c’est une réclame de l’époque : sa composition n’est pas donnée, et la promesse ne repose sur rien.
Le récapitulatif
| Remède de 1912 | Statut actuel | Précaution principale |
|---|---|---|
| Reine-des-prés | Reconnu (EMA), douleurs mineures | Allergie à l’aspirine, anticoagulants |
| Feuille de frêne | Reconnu (EMA), douleurs mineures | Maladie cardiaque ou rénale (diurétique) |
| Feuille de cassis | Reconnu (EMA), douleurs mineures | Maladie cardiaque ou rénale (diurétique) |
| Chaleur, fleurs de foin | Effet de confort réel | Brûlures, allergie aux graminées |
| Genévrier | Non reconnu pour les articulations | Reins, grossesse |
| Purge, transpiration forcée | Sans intérêt | Déshydratation |
Ce qu’il faut retenir
Les grands-mères avaient vu juste sur deux points : la chaleur soulage, et quelques plantes riches en salicylés ou en flavonoïdes (reine-des-prés, frêne, cassis) apportent un soulagement modeste des douleurs légères. L’activité physique adaptée, que le livre ne mentionne pas, est aujourd’hui le premier traitement de l’arthrose. Pour le reste, et dès que la douleur s’accompagne de gonflement ou de fièvre, c’est le médecin qui doit trancher.
Questions fréquentes
Quelle tisane pour les douleurs articulaires ?
Parmi les plantes du livre, la reine-des-prés, la feuille de frêne et la feuille de cassis ont un usage traditionnel reconnu par l’EMA pour les douleurs articulaires mineures. On les associe souvent dans un même mélange.
Peut-on prendre de la reine-des-prés avec de l’aspirine ?
Non, sans avis médical : leurs effets s’additionnent. Elle est aussi déconseillée avec les anticoagulants et en cas d’allergie à l’aspirine.
Combien de temps dure une cure ?
Les monographies européennes conseillent de consulter si les symptômes persistent au-delà de quelques semaines. Une cure de trois à quatre semaines était la durée habituelle autrefois.
Pour aller plus loin
Le dossier douleurs et articulations rassemble toutes les plantes que le livre associe aux douleurs. La page remèdes naturels présente l’ensemble des remèdes d’autrefois, et plantes médicinales la liste complète des 93 plantes.
Sources
- Rhumatisme — Wikipédia
- Monographie européenne : Filipendulae ulmariae herba (reine-des-prés) — EMA / HMPC
- Monographie européenne : Fraxini folium (feuille de frêne) — EMA / HMPC
- Monographie européenne : Ribis nigri folium (feuille de cassis) — EMA / HMPC
- Reine-des-prés (Filipendula ulmaria) — Wikipédia
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