Le Médecin des Pauvres
bourracherhumetouxtisane

Tisane de bourrache : le remède des rhumes d’autrefois

Par · · 5 min de lecture

Notre méthode éditoriale

La tisane de bourrache était, en 1912, le remède qu’on préparait dès les premiers frissons d’un rhume ou d’un refroidissement : bue très chaude, au lit, sous plusieurs couvertures, elle devait faire transpirer et « chasser » la maladie. Le Médecin des Pauvres la recommande aussi contre la toux et les fluxions de poitrine. Voici comment on la préparait, pourquoi on y croyait, et pourquoi on la regarde aujourd’hui avec plus de prudence.

Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. La plante de bourrache contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, toxiques pour le foie en usage prolongé. Une fièvre élevée, une toux qui dure ou une gêne respiratoire justifient une consultation.

Une fleur bleue du potager

La bourrache (Borago officinalis) est une plante annuelle couverte de poils rudes, aux fleurs en étoile d’un bleu vif. Originaire du bassin méditerranéen, elle s’est installée dans tous les jardins de France, où elle se ressème seule d’une année sur l’autre. Ses noms populaires, langue de bœuf ou boursette, évoquent la texture râpeuse de ses feuilles.

On la cultivait autant pour la cuisine que pour la pharmacie : ses fleurs décoraient les salades, ses jeunes feuilles au goût de concombre se mangeaient en beignets, et ses sommités séchées entraient dans les tisanes d’hiver. La fiche du livre (page 76) la range parmi les plantes médicinales de la famille des Borraginées.

« Faire suer » : la logique des sudorifiques

Pour comprendre la tisane de bourrache, il faut se rappeler comment on soignait un rhume au début du XXᵉ siècle. La maladie était souvent attribuée à un « refroidissement » : on avait pris froid, la transpiration s’était « arrêtée », et les humeurs restaient bloquées dans l’organisme. Le remède logique consistait à rétablir la sueur.

Les plantes sudorifiques (qui font transpirer) étaient donc au premier plan. La bourrache en faisait partie, avec les fleurs de sureau et le tilleul. La méthode ne variait guère :

  1. coucher le malade bien couvert ;
  2. lui faire boire plusieurs tasses de tisane très chaude ;
  3. le laisser transpirer abondamment, puis le changer de linge sec pour éviter un nouveau refroidissement.

Les autres usages de la bourrache en 1912

Au-delà de la sudation, le livre lui prête plusieurs propriétés :

  • émolliente et adoucissante : elle calmait les muqueuses irritées de la gorge ;
  • pectorale : elle accompagnait la toux et les bronchites ;
  • diurétique : elle faisait uriner ;
  • dépurative : on l’employait dans les affections de la peau et les fièvres éruptives (rougeole, scarlatine), pour « faire sortir » l’éruption.

Ces indications se recoupent avec celles du bouillon-blanc, autre plante pectorale et adoucissante de la même époque. Le dossier toux et voies respiratoires rassemble les plantes que le livre associe aux maux de l’hiver.

Comment préparait-on la tisane de bourrache ?

Les proportions indiquées par Le Médecin des Pauvres sont les suivantes :

  • 30 à 40 g de fleurs et de feuilles séchées par litre d’eau ;
  • verser l’eau bouillante, couvrir et laisser infuser une dizaine de minutes ;
  • filtrer soigneusement, car les poils de la plante irritent la gorge ;
  • boire 3 à 4 tasses chaudes par jour, au moment de la crise.

On sucrait souvent la tisane au miel, lui-même considéré comme adoucissant pour la gorge. La préparation ne se prenait que pendant quelques jours, le temps du refroidissement.

Pourquoi est-on plus prudent aujourd’hui ?

C’est le point essentiel de cet article. Les analyses modernes ont montré que les feuilles et les fleurs de bourrache contiennent des alcaloïdes pyrrolizidiniques. Ces substances, présentes dans plusieurs Borraginées (consoude, pulmonaire, héliotrope), peuvent abîmer le foie lorsqu’elles sont consommées de façon répétée.

Les quantités contenues dans une tasse sont faibles, mais les autorités sanitaires européennes recommandent de limiter l’exposition à ces composés, en particulier pour :

  • les femmes enceintes et allaitantes ;
  • les enfants ;
  • les personnes qui ont une maladie du foie ;
  • toute consommation prolongée.

C’est pourquoi la tisane de bourrache n’apparaît plus parmi les remèdes recommandés en herboristerie, et pourquoi sa fiche porte la mention « traditionnel reconnu » plutôt qu’« usage établi » : on reconnaît l’ancienneté de l’usage, sans le conseiller.

L’huile de bourrache : un tout autre produit

Il ne faut pas confondre la plante et l’huile de graines de bourrache, vendue en capsules. Cette huile est riche en acide gamma-linolénique (un acide gras de la famille des oméga-6) et elle est obtenue à partir des graines, qui ne contiennent pas les mêmes alcaloïdes que les parties aériennes lorsqu’elles sont correctement traitées. Ses usages modernes (peau sèche, confort féminin) n’ont rien à voir avec la tisane sudorifique de 1912.

Que reste-t-il de la tisane des rhumes ?

Le principe de la boisson chaude n’est pas absurde : boire chaud et abondamment aide à s’hydrater et soulage la sensation de gorge sèche. Mais d’autres plantes de la même tradition sont aujourd’hui mieux documentées et sans le problème des alcaloïdes :

  • les fleurs de sureau, dont l’usage contre les premiers symptômes du rhume est reconnu par l’Agence européenne des médicaments ;
  • le thym, réputé contre la toux ;
  • le tilleul, pour une infusion chaude du soir.

La fiche rhume de cerveau détaille tous les remèdes proposés par le livre contre le rhume, et la page phytothérapie traditionnelle classe les plantes du livre par besoin.

Questions fréquentes

La tisane de bourrache fait-elle vraiment transpirer ?

C’était sa réputation principale en 1912. Une boisson très chaude prise au lit, bien couvert, fait transpirer quelle que soit la plante ; la part propre à la bourrache n’a pas été démontrée.

La bourrache est-elle toxique ?

La plante contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, toxiques pour le foie en cas d’exposition répétée. Un usage ponctuel et court était la règle ; il est déconseillé aux femmes enceintes, aux enfants et en cas de maladie du foie.

Peut-on manger les fleurs de bourrache ?

Elles sont traditionnellement utilisées pour décorer les salades. Les mêmes précautions s’appliquent : une consommation occasionnelle, pas régulière.

Ce qu’il faut retenir

La tisane de bourrache est un bon exemple de remède populaire dont la logique (faire suer pour soigner un refroidissement) a disparu, et dont la sécurité a été réévaluée. Elle appartient à l’histoire des soins d’hiver. Pour une tisane chaude contre le rhume, les fleurs de sureau ou le thym sont aujourd’hui des choix mieux documentés.

Sources

Dans la bibliothèque

Couverture du guide gratuit : La trousse de secours - Plantes

Guide gratuit · PDF

La trousse de secours - Plantes

Les plantes essentielles pour les petits maux du quotidien, leurs usages traditionnels et leurs précautions, réunis dans un guide clair à garder sous la main. Recevez-le gratuitement par e-mail.

Couverture du livre Le Médecin des Pauvres

Envie d’aller plus loin ?

Procurez-vous l’édition papier du Médecin des Pauvres.

Lien affilié, sans surcoût pour vous.

Le livre →
⚠ Contenu documentaire et historique. Les pratiques d’autrefois n’ont pas de valeur médicale moderne. Ne jamais s’auto-médiquer ; consultez un médecin ou un pharmacien.

À lire aussi

← Tous les articles

⚠ Avertissement. Site purement documentaire et historique qui ne donne aucun conseil médical. Plusieurs plantes mentionnées (aconit, belladone, digitale, pavot, jusquiame, bryone…) sont des poisons violents. Toujours faire ses propres recherches et ne jamais s’auto-médiquer : consultez un médecin ou un pharmacien.