Verveine officinale ou verveine odorante : ne pas confondre
Par Malo Levy · · 5 min de lecture

Quand on commande une verveine au café, on boit presque toujours de la verveine odorante, au parfum de citron. Pourtant, la verveine des anciens traités de médecine, celle que décrit Le Médecin des Pauvres (1912), est une autre plante : la verveine officinale, discrète, presque sans odeur, et chargée d’une longue histoire sacrée. Les deux portent le même nom mais n’ont ni la même origine, ni la même famille botanique exacte, ni tout à fait les mêmes usages. Voici comment les distinguer.
Contenu historique et documentaire. Les usages décrits ici sont ceux de la médecine populaire du début du XXᵉ siècle. Des maux de tête répétés, une insomnie qui dure ou des douleurs digestives persistantes justifient une consultation.
Deux plantes, un seul nom
| Verveine officinale | Verveine odorante | |
|---|---|---|
| Nom latin | Verbena officinalis | Aloysia citrodora (anciennement Lippia citriodora) |
| Autres noms | herbe sacrée, herbe aux sorciers, verveine sauvage | verveine citronnelle, verveine du Pérou |
| Origine | Europe, spontanée au bord des chemins | Amérique du Sud, cultivée |
| Aspect | plante grêle, petites fleurs mauve pâle en épis | arbuste, feuilles allongées très parfumées |
| Odeur | presque aucune, saveur amère | forte odeur de citron |
| Usage principal | antispasmodique, digestive, contre les douleurs | tisane digestive et relaxante du soir |
Les deux appartiennent à la même famille, les Verbénacées, mais à des genres différents. La verveine odorante n’est arrivée en Europe qu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, rapportée d’Amérique du Sud par des botanistes espagnols. Elle a vite conquis les jardins et les tasses grâce à son parfum.
La verveine officinale, « herbe sacrée »
La verveine officinale est une plante très ancienne de la pharmacopée européenne. Les Romains l’employaient pour purifier les autels et en faisaient l’emblème des ambassadeurs. Les traditions attribuent aux druides gaulois un usage rituel de la plante, ce qui lui a valu ses surnoms d’herbe sacrée et d’herbe aux sorciers. Au Moyen Âge, on lui prêtait encore des pouvoirs magiques de protection.
Le livre (page 126) la décrit sous le nom de verveine, avec son nom latin Verbena officinalis. Il prend soin de la distinguer de la verveine odorante.
Les usages de la verveine officinale en 1912
Le Médecin des Pauvres lui prête des propriétés :
- antispasmodiques : elle calmait les crampes et les spasmes ;
- digestives ;
- calmantes ;
- fébrifuges et légèrement sudorifiques ;
- antalgiques : elle soulageait certaines douleurs ;
- toniques.
Ses indications étaient donc assez larges :
- les digestions difficiles et les spasmes de l’estomac ;
- la nervosité et l’insomnie légère ;
- les maux de tête et les migraines ;
- les états fébriles ;
- les règles douloureuses ;
- en externe, les névralgies.
Le cataplasme de verveine
L’un des usages les plus caractéristiques de la verveine officinale était externe : on faisait chauffer la plante fraîche (parfois avec du vinaigre) et on l’appliquait en cataplasme chaud sur les zones douloureuses, contre les névralgies, les points de côté et les douleurs rhumatismales. Ce remède de campagne est resté longtemps populaire.
La tisane de verveine officinale
Pour l’usage interne, le livre indique :
- 15 à 20 g de plante séchée par litre d’eau ;
- verser l’eau bouillante, couvrir, infuser une dizaine de minutes ;
- boire une tasse après les repas et le soir.
La tisane est amère et peu parfumée, très loin de la tisane citronnée qu’on sert aujourd’hui.
La verveine odorante, tisane du soir
La verveine odorante, elle, est surtout appréciée pour son goût. Ses feuilles séchées donnent une infusion parfumée, traditionnellement bue après les repas pour faciliter la digestion, ou le soir pour se détendre avant le coucher. Elle entre aussi dans la fabrication de liqueurs, comme la célèbre verveine du Velay.
Son usage relève davantage de la tisane de confort que du remède. Elle ne figure pas dans Le Médecin des Pauvres de 1912, qui ne s’intéresse qu’à la verveine officinale.
Ce qu’en disent les références actuelles
Ni l’une ni l’autre des deux verveines ne bénéficie d’une reconnaissance européenne aussi établie que la camomille ou la valériane. Les usages de la verveine officinale restent traditionnels : c’est pourquoi sa fiche porte la mention « traditionnel reconnu ».
Cela n’enlève rien à l’intérêt historique de la plante, mais il faut garder en tête qu’un usage ancien n’est pas une preuve d’efficacité.
Précautions
Pour la verveine officinale :
- Grossesse : à forte dose, elle a une action emménagogue (favorisant les règles) ; elle est donc à éviter pendant la grossesse.
- Traitements : à dose élevée, elle pourrait interférer avec les traitements de la thyroïde et de la coagulation.
- Tolérance : elle est réputée bien tolérée aux doses usuelles.
Pour la verveine odorante, l’infusion est bien tolérée ; son huile essentielle, en revanche, est photosensibilisante et réservée à un usage encadré.
La verveine et les autres plantes de la tisane du soir
Pour la digestion et le calme du soir, le livre propose d’autres plantes, comme le tilleul ou la camomille. Notre article sur les plantes pour mieux dormir les compare, et celui sur la tisane de tilleul revient sur la plus célèbre d’entre elles.
Le dossier sommeil et système nerveux rassemble les remèdes du livre, et la page phytothérapie traditionnelle classe toutes les plantes par besoin.
Questions fréquentes
Quelle verveine boit-on dans les tisanes du commerce ?
Le plus souvent la verveine odorante (Aloysia citrodora), pour son parfum citronné. La verveine officinale se trouve plutôt en herboristerie.
Comment reconnaître la verveine officinale ?
C’est une plante grêle, aux tiges raides et aux minuscules fleurs mauve pâle disposées en épis fins. Elle n’a presque pas d’odeur, contrairement à la verveine odorante, dont les feuilles sentent fortement le citron quand on les froisse.
La verveine fait-elle dormir ?
La verveine officinale était utilisée contre la nervosité et l’insomnie légère, et la verveine odorante est bue le soir pour se détendre. Ces usages sont traditionnels et non démontrés.
Ce qu’il faut retenir
Derrière le mot « verveine » se cachent deux plantes : la verveine officinale, herbe sacrée des Romains et des anciens traités de médecine, et la verveine odorante, tisane parfumée venue d’Amérique du Sud. Le Médecin des Pauvres ne parle que de la première. Avant d’acheter ou de préparer une verveine, il vaut donc la peine de vérifier son nom latin.
Sources
- Verveine officinale (Verbena officinalis) — Wikipédia
- Verveine citronnelle (Aloysia citrodora) — Wikipédia
- Verveine odorante — fiche plante — Passeport Santé
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